Des aliments sucrés pendant un traitement antibiotique pourraient nuire au microbiome
MONTRÉAL — La consommation d'aliments sucrés pendant un traitement antibiotique pourrait nuire au microbiome intestinal en favorisant la multiplication de bactéries délétères, prévient une étude américaine.
Ces résultats, écrivent les chercheurs, «montrent que les sucres simples présents dans l'alimentation constituent un facteur amplificateur modifiable de la perturbation du microbiome induite par les antibiotiques».
«On ne sait pas si ça s'applique à tous les antibiotiques dans toutes les situations, mais ce que ça suggère, c'est que si on prend des aliments sucrés, ça peut vraiment gêner à la reconstitution du microbiome», a expliqué la professeure Manuela Santos, une spécialiste du microbiome intestinal au Centre de recherches du Centre hospitalier de l'Université de Montréal.
L'étude a porté sur une population très spécifique, à savoir des patients qui recevaient une greffe allogénique de cellules hématopoïétiques pour traiter une leucémie. Les sujets ont été hospitalisés pendant plusieurs semaines afin de suivre une chimiothérapie visant à affaiblir leur système immunitaire avant la greffe. Pour prévenir d'éventuelles infections, chacun d'entre eux a pris au moins un type d'antibiotique.
Chez ces patients, rapportent les chercheurs américains, la consommation d’aliments riches en sucre pendant le traitement par antibiotiques à large spectre «était associée à des perturbations du microbiome que nous avions précédemment mises en relation avec des issues défavorables: une faible diversité et une expansion relative d’Enterococcus».
En d'autres mots, les auteurs de l'étude ont constaté que les personnes qui consommaient davantage d'aliments riches en sucre pendant un traitement aux antibiotiques présentaient ensuite un microbiome moins diversifié.
«De plus, parmi les patients de cette cohorte ayant suivi un régime alimentaire riche en sucre, la durée d’exposition aux antibiotiques à large spectre était prédictive du risque de mortalité», ajoutent-ils, avant de préciser que «l’augmentation du risque de mortalité associée pourrait également résulter, en partie, d’une diminution de l’apport alimentaire».
L’hypothèse soulevée par cette observation clinique — à savoir, que les sucres et les antibiotiques agissent en synergie pour perturber le microbiome — a été testée expérimentalement chez la souris, ce qui a permis aux auteurs de l'étude de «confirmer que le saccharose exacerbait et prolongeait la prolifération d’Enterococcus endogène induite par les antibiotiques».
Ce résultat, disent-ils, concorde avec d’autres études et «élargit les déterminants alimentaires de la perturbation du microbiome induite par les antibiotiques au-delà du rôle bien connu des fibres».
De manière très générale, a expliqué la professeure Santos, les bactéries délétères sont friandes de sucre, tandis que les bactéries bénéfiques préfèrent les fibres. Il est donc logique de constater qu'une alimentation riche en sucre favorisera la prolifération des premières au détriment des secondes, après que la flore intestinale ait été décimée par les antibiotiques.
«L'équilibre (entre les deux) est essentiel, a-t-elle dit. Donc il y a une compétition pour l'espace et pour les aliments. C'est pour ça que c'est un peu logique que le sucre va bénéficier aux bactéries délétères plutôt qu'aux bénéfiques.»
On estime que le microbiome intestinal humain est composé d’environ 4500 types de bactéries différentes, qui contribuent toutes au bon fonctionnement de l’organisme. Un déséquilibre du microbiome peut avoir des répercussions importantes sur la santé, notamment en ce qui concerne la digestion, le poids, le système immunitaire et la santé mentale.
De manière plus large, l’impact du microbiome intestinal sur de multiples aspects de la santé humaine retient de plus en plus l’attention de la communauté scientifique. Des études publiées au cours des dernières années ont ainsi témoigné d’une association potentielle entre le microbiome et la santé d’organes comme le cœur, le cerveau et même les yeux.
Une plus grande diversité du microbiome intestinal a aussi été associée à une meilleure survie des patients atteints d'un cancer.
L'implication de ces résultats pour le grand public, surtout à l'approche de l'hiver et de la saison grippale, n'est pas entièrement claire, a admis la professeure Santos, qui rappelle que l'étude a été réalisée auprès de patients très malades, qui recevaient des traitements agressifs et dont l'alimentation n'était pas entièrement normale.
«Mais intuitivement, je dirais que ça fait du sens quand on prend un antibiotique d'essayer de limiter l'expansion des bactéries délétères en coupant le sucre», a-t-elle dit.
Les conclusions de cette étude se retrouvent dans la prestigieuse publication scientifique Nature.
Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

