Long conflit en perspective
Devant l’usine de Silicium Québec, les travailleurs en lock-out surveillent nuit et jour les activités de l’usine, pour s’assurer que la compagnie n’ait pas recours à des briseurs de grève.
Selon le syndicat, l’usine fonctionne au tiers de sa capacité grâce au travail d’une trentaine de contremaîtres. Ceux-ci arrivent en autobus au début de chaque quart, témoigne un travailleur.
«On va continuer de surveiller ce qui se passe à l’intérieur», avertit le président du syndicat, Jean Simoneau. Une roulotte a été installée en bordure de la route. Les travailleurs accueillent en brandissant des pancartes les camions de livraison de quartz, de charbon et de copeaux de bois, principaux intrants utilisés pour la fabrication de silicium.
Il s’agit d’une scène inédite à l’entrée de cette usine construite en 1976 et qui n’avait jamais connu de conflit de travail depuis. L’achat des installations en juin 2012 par Globe Specialty Metals, une entreprise américaine, est venu changer la donne.
«Depuis 35 ans que l’usine existe, c’était l’harmonie entre l’employeur et les travailleurs, témoigne Pascal Turgeon, un travailleur. Du jour au lendemain, des intérêts étrangers s’approprient l’usine et sabrent dans les conditions.»
Impasse
La compagnie demande notamment des diminutions de salaire de 20%, la fin du bonus annuel de 4 %, et une diminution de 50 % de sa contribution aux assurances collectives. Après avoir pris connaissance de cette offre, les travailleurs avaient voté à 99% pour des moyens de pression pouvant aller jusqu’à la grève.
Lorsque la convention collective est venue à échéance, le 30 avril, la compagnie a décrété un lock-out.
Après un peu plus d’une semaine de congé forcé, «le moral des travailleurs est bon», remarque Jean Simoneau. Aussi, les travailleurs reçoivent un pourcentage de leur salaire habituel, puisé à même la «caisse de défense» du Syndicat canadien des communications, de l’énergie et du papier (SCEP-FTQ).
«On a beaucoup d’appuis de la centrale syndicale, d’autres syndicats affiliés à la FTQ et de nos confrères retraités, indique M. Simoneau. C’est encourageant de voir qu’il y a des gens sympathiques à notre cause.»
Au moment d’écrire ces lignes, les négociations étaient au point mort. Une rencontre de conciliation prévue le 10 mai a été annulée, faute de nouvelles propositions de part et d’autre. De telles rencontres sont prévues à l’horaire en mai et en juin.
«Je m’attends à être ici assez longtemps, témoigne un autre travailleur, Benoît Gauthier. La compagnie possède 4 ou 5 usines de silicium. C’est sûr qu’en cas de ralentissement du marché, c’est le Québec qui va écoper en premier, selon moi en tout cas.»
«Tôt ou tard, le conflit, il va falloir le régler, indique pour sa part Jean Simoneau. Et c’est à la table de négociation qu’on va le régler.»
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