Greenpeace détaille les coûts d'un « Fukushima québécois »
Christian Simard, directeur général de Nature Québec, Shawn-Patrick Stensil, analyste nucléaire chez Greenpeace et le physicien Michel Duguay, professeur au département de génie électrique de l Université Laval. GUILLAUME JACOB/L'ÉCHO DE TROIS-RIVIÈRES/AGENCE QMI
Une catastrophe nucléaire de l'envergure de celle de Fukushima forcerait l'évacuation de 169 000 personnes et entraînerait la perte de 11 milliards $ de biens individuels dans un rayon de 20 km de la centrale Gentilly-2. C'est à tout le moins ce que prétend un rapport commandé par Greenpeace au Centre for Spatial Economics, une firme américaine spécialisée en prévisions économiques et démographiques.
Le groupe écologiste a présenté ce rapport aujourd'hui à Trois-Rivières, quelques jours après la tenue d'un grand rassemblement d'employés de la centrale et d'acteurs économiques qui réclament la réfection.
« Accorder de la crédibilité aux recommandations d'Hydro-Québec sur Gentilly-2, alors que les coûts en cas d'accident nucléaire ne font pas partie de l'équation, équivaut à tromper les Québécois, plaide Shawn-Patrick Stensil, analyste nucléaire chez Greenpeace. Si ces coûts étaient pris en compte, la décision irait à la fermeture de la centrale. » Le militant reconnaît toutefois que de tels coûts, hypothétiques, n'ont jamais été pris en compte lors de précédents projets à travers le monde.
« Le prix de revient est une vue de l'esprit lorsqu'on exclut les coûts qui ne font pas notre affaire », a renchéri le directeur général de Nature Québec, Christian Simard, qui était aussi présent.
Greenpeace a aussi souligné le fait que l'industrie nucléaire ne peut être poursuivie par des particuliers ou des entreprises en cas de catastrophe nucléaire. En vertu de la Loi sur la responsabilité nucléaire, les exploitants de centrales nucléaires au Canada ne sont pas tenus de souscrire à une assurance responsabilité.
Selon le rapport de Greenpeace, cette disposition permettrait à Hydro-Québec d'épargner entre 245 et 549 millions $ par année. Le nucléaire fait figure d'exception : les industries hydroélectrique, éolienne et gazière ne peuvent échapper à de telles responsabilités. « La même loi protège SNC-Lavallin si elle commet une erreur lors des travaux de réfection », soutient M. Stensil.
Vrai débat
« La réfection de la centrale Gentilly-2 doit devenir un enjeu électoral lors de la prochaine campagne », lance Christian Simard de Nature Québec. Selon lui, aucun réel débat n'a encore eu lieu quant à la réfection de la centrale.
« Les seules audiences publiques que nous avons eues jusqu'à maintenant concernaient l'agrandissement de l'aire de traitement des déchets nucléaires à Gentilly et le renouvellement du permis d'exploitation octroyé par la Commission canadienne de sûreté nucléaire. »
M. Simard exige aussi d'Hydro-Québec une plus grande transparence. « Ce qu'ils nous divulguent comme coûts par kW/heure nous semble farfelu après les dépassements de coûts des réfections de la centrale de Pointe Lepreau et le les règles de sécurité post-Fukushima. »
La porte-parole d'Hydro-Québec, Marie-Élaine Deveault, dit que la société d'État veut d'abord prendre connaissance du rapport de Greenpeace avant d'émettre tout commentaire.
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