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L'Écho à bord du Sipu Muin

TROIS-RIVIÈRES - 

Trois-Rivières est le port d’attache des aéroglisseurs de la Garde côtière canadienne assignés à l’Est du pays. L’Écho a fait une sortie à bord de l’une de ces singulières machines aux utilités insoupçonnées.

L’aéroglisseur file à travers le brouillard sur la blanche étendue de glace comme une rondelle sur une surface d’air-hockey, laissant dans son sillage une banquise émiettée.

« En fait, ce n’est pas tant le poids de l’appareil qui fait se briser la glace que les vagues qu’il crée sur son passage », explique le commandant Luc Lavoie, à la barre du Sipu Muin, l’un des deux aéroglisseurs de la Garde côtière canadienne affectés à l’Est du pays.

En ce matin gris de la fin février, l’aéroglisseur s’affaire à fissurer la banquise qui recouvre les battures au large de Gentilly. Les morceaux de glace sont ensuite emportés par le courant.

Il est impensable pour un brise-glace de s’aventurer jusqu’ici. Sous la glace, les hauts-fonds reposent à 60 cm de profondeur, tout au plus. L’aéroglisseur devient alors l’outil idéal pour ce type d’environnement (lire L’aéroglisseur : mi-bateau, mi-avion).

« Aujourd’hui, nous avons droit à une glace très lisse, ce qui est idéal », explique le commandant Lavoie, qui, après plus de 30 ans de service, sait déchiffrer les secrets de la banquise. Aidé par un système de navigation GPS, il quadrille le secteur en misant sur les failles naturelles crées par le jeu des marées dans l’épaisse couche de glace.

C’est ainsi que tous les ans, lorsque l’hiver montre ses premiers signes de faiblesse, l’équipage du Sipu Muin part à l’assaut des glaces. Leur mission: provoquer une débâcle contrôlée avant les grandes fontes pour éviter des soucis aux nombreux navires de marchandises qui empruntent la Voie maritime du Saint-Laurent.

« Ça permet d’éviter que de gros morceaux de glace ne se détachent, les poussent à dévier de leur route et les fassent s’échouer », précise le commandant Lavoie.

Plus tard au printemps, l’aéroglisseur procède aussi au déglaçage des différentes embouchures des rivières qui se jettent dans le fleuve. En collaboration avec la Sécurité civile, les équipes de la Garde côtière contribuent ainsi à éviter les inondations à bon nombre de riverains en prévenant les embâcles.

Le Sipu Muin et son jumeau, le Mamilossa, vont aussi loin qu’au Nouveau-Brunswick pour déglacer les ports de pêcheurs.

« Comme les hirondelles, on annonce le printemps », résume le commandant Luc Lavoie.

L’aéroglisseur: mi-bateau, mi-avion

 

À première vue, l’improbable machine qu’est l’aéroglisseur semble être le résultat d’un pari entre ingénieurs fantasques. Pourtant, cet appareil, à mi-chemin entre le bateau et l’avion, incarne un exploit technique qui conjugue agilité et polyvalence.

D’abord, la vitesse: « c’est un de nos principaux avantages », note le commandant Luc Lavoie. À plein régime, le Sipu Muin peut filer à 50 nœuds, soit environ 90 kilomètres à l’heure.

Facile à concevoir lorsqu’on pense que l’appareil se déplace sur un coussin d’air. Huit puissants ventilateurs, propulsés par deux moteurs Caterpillar de 950 chevaux chacun, sont disposés de chaque côté de l’aéroglisseur. Ils aspirent l’air du dessus de l’appareil vers le dessous. Munie d’une jupe qui contient ce flux d’air, la machine peut faire planer ses 70 tonnes sur l’eau, la glace ou la terre, du moment que la surface n’est pas trop accidentée.

Polyvalent, l’aéroglisseur est aussi très manœuvrable, et peut carrément tourner sur lui-même. L’appareil, long de 28,5 mètres, se dirige grâce aux gouvernails placés derrière les deux larges hélices qui lui permettent d’avancer, mais aussi grâce à deux propulseurs latéraux situés à l’avant de l’appareil.

En contrepartie, le Sipu Muin est sensible aux vents et aux imperfections de la surface sur laquelle il se déplace. Sa conduite requiert donc beaucoup de doigté.

Advenant un problème mécanique, l’aéroglisseur peut flotter sur l’eau, car il est muni d’un chaland d’aluminium sous sa jupe.

Appareil à tout faire

« Il y a une trentaine d’années, lorsque la Garde côtière a hérité de ses premiers aéroglisseurs, les appareils ont laissé les marins perplexes», raconte Luc Lavoie, commandant du Sipu Muin.

Puis, on leur a découvert des utilités variées - au premier chef, le déglaçage du fleuve et des rivières.

Aujourd’hui, l’aéroglisseur sert aussi au balisage, au printemps et à l’automne. Grâce à la grue amovible qui peut être installée à sa poupe, il s’occupe du mouillage, de l’entretien et de l’enlèvement des bouées qui jalonnent la Voie maritime du Saint-Laurent. Il peut transporter 23 000 kg de matériel.

Quelques semaines par année, le Sipu Muin participe aussi aux opérations de recherche et sauvetage.

La Garde côtière possède aussi deux autres aéroglisseurs sur la côte ouest, qui sont basés à Richmond.

 

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